Les chasseurs de têtes, ces professionnels de l’ombre à ne pas ignorer

Souvent méconnu et fantasmé, le métier de chasseur de têtes s’est profondément redéfini. Face aux outils numériques et à l’hyper utilisation des réseaux sociaux, la profession a dû s’adapter. Devant l’abondance d’informations qui nous entourent, les chasseurs de têtes se révèlent être de véritables alliés pour les entreprises.  Ils se livrent corps et âme pour trouver LA personne qui correspondra au besoin de son client. Dénicher un profil précis sur la toile est un travail beaucoup plus fastidieux que ce que nous imaginons. Et si un chasseur de tête vous appelait ?

Le Masque de l’Emploi a enquêté sur ce sujet et vous dévoile les bonnes attitudes à adopter pour accélérer son insertion professionnelle.

Expert en recrutement, le chasseur de tête est un intermédiaire entre l’entreprise et le candidat. Mandaté par une entreprise pour trouver la personne correspondante au poste à pourvoir, ce spécialiste met tout en œuvre pour satisfaire les besoins de son client. Le chasseur de tête est parfois comparé à un agent secret du recrutement, il mène discrètement son enquête, se renseigne, analyse avec précision et se rapproche pas à pas de son objectif. Il peut travailler en indépendant ou exercer sa fonction au sein d’un cabinet.

Mais alors, pourquoi faire appel à un chasseur de tête ?

Plusieurs raisons sont à prendre en compte, et la première peut être organisationnelle ; recourir à un cabinet de recrutement présente un avantage dans la mesure où l’entreprise pourra se décharger de cette tâche chronophage. Si l’entreprise recherche un profil très spécifique, poster une annonce et attendre le candidat fléché n’est pas suffisant. Il y a peu de chance d’avoir le bon profil au bon moment. Dans ce cas, faire appel à un chasseur de tête est une bonne idée car ces derniers disposent généralement de carnets d’adresses bien garnis. Enfin, certaines entreprises se rapprochent également des cabinets de recrutement lorsqu’elles souhaitent rester discrètes. Il arrive que les chasseurs de têtes commencent à prospecter un directeur pour une entreprise qui n’est officiellement pas ouverte. Dans ce cas de figure, il ne faut pas que l’information fuite au niveau du marché et des concurrents. Les chasseurs de têtes sont tenus de respecter la confidentialité, ce sont des Hommes de l’ombre.  

L’univers du recrutement en France est un secteur qui déborde d’innovations. Bien qu’il soit dans un contexte de plus en plus instable, le marché de recrutement est en croissance car il répond aujourd’hui à la demande de flexibilité des entreprises. Les cabinets de recrutement existent depuis les années 1980, et ils ont largement fait leurs preuves sur le territoire français. Et pour cause, ils occupent une place bien particulière. Effectivement, le secteur du recrutement est jalonné par de nombreux facteurs : l’évolution des outils de recrutement, les attentes des entreprises, l’apparition des nouveaux acteurs du numérique, et les aléas de la conjecture forment et déforment la profession de chasseur de tête.

La France compte 50 000 professionnels du recrutement. Parmi eux, environ 1500 sont des chasseurs de têtes.

Des chiffres dévoilés par Laurent Brouat, le fondateur de L’École du Recrutement à Paris (anciennement Link Humans). Si les chasseurs de têtes représentent une minorité des professionnels du recrutement, c’est parce qu’ils sont sollicités pour des besoins bien spécifiques. Contrairement au recrutement classique où les candidats viennent aux entreprises ; lorsque l’on parle de chasse de tête, la mécanique fonctionne à l’inverse. Ce sont les chasseurs qui viennent vous chercher. Aujourd’hui, les entreprises recherchent des collaborateurs capables de les accompagner pour pérenniser leur activité et surmonter les transformations liées à l’innovation. Dans cette logique, les chasseurs de têtes sont appelés pour pourvoir majoritairement des postes de haut niveau, ou de cadres supérieurs. Mais ne vous inquiétez pas si vous ne cochez pas ces critères, d’autres profils peuvent aussi attirer leur attention. Encore faut-il savoir dans quels secteurs d’activité : d’après Norjahann Bessaoud (Consultante en recrutement chez Happy to Meet You), les chasseurs de têtes recrutent majoritairement pour les entreprises à fort volume de recrutement et orientés vers l’international dans les domaines de l’informatique, de la maintenance, de l’automobile etc…  

Le plan d’action du chasseur de tête

Tel un bon chasseur, il opère en discrétion pour approcher sa cible. D’une manière générale, les chasseurs de têtes utilisent le sourcing, une méthode du processus de recrutement qui permet d’identifier, en amont, des profils précis en répondant aux critères de l’entreprise. L’identification des candidats recherchés peut se faire d’une part via la base de données du cabinet (à une échelle interne), et d’autre part sur le web (à une échelle externe). En général, la phase de sourcing s’arrête là où l’entretien commence. La première approche avec le candidat peut s’effectuer sur la plateforme LinkedIn ou par mails professionnels. Ces derniers étant facilement trouvables lorsqu’on dispose du nom et prénom de la personne.

Néanmoins, les chasseurs de têtes veillent à respecter une certaine confidentialité. Ils évitent de contacter une personne sur le standard de l’entreprise.

Martin Gendron (Chasseur de tête chez Aliotts Executive Search) raconte : “Nous évitons d’appeler les gens à la “sauvage”, si le candidat repéré travaille dans un open space, notre appel peut le mettre dans une situation inconfortable, il est donc préférable d’établir un premier contact par mail en expliquant précisément nos intentions”

S’en suit alors un entretien téléphonique entre le chasseur de tête et le candidat. Si la personne est intéressée et répond aux attentes du client, le cabinet de recrutement organise un entretien physique dans ses locaux. Un échange humain qui permet d’en apprendre plus sur la personne en question, de prendre en compte ses motivations et d’évaluer la cohérence entre son profil professionnel et le cahier des charges de l’entreprise.

Un candidat qui a réussi dans une entreprise “A” ne sera pas forcément performant dans une entreprise “B” !

En effet, tout dépend des attentes du client ! Le chasseur de tête, dans son rôle d’intermédiaire, doit avoir une très bonne connaissance du monde de l’entreprise pour être sûr de son coup. Il n’y a pas de recette miracle, et les chasseurs de têtes que nous avons interrogés ont chacun leurs propres stratégies…

Karine Menanteau (consultante en recrutement chez JBL Conseil) affirme ne jamais se priver d’une annonce car “un candidat qui répond c’est déjà un candidat motivé”.

Norjahann Bessaoud privilégie une demande de préqualification d’une dizaine de minutes par téléphone avant de faire un entretien physique. Si le candidat est retenu, elle se charge de mettre en relation l’entreprise et la personne plébiscitée.

Enfin, Martin Gendron explique sa démarche : “Nous faisons ce que l’on appelle une Target Company List (TCL). En fonction de l’entreprise avec laquelle on travaille, nous faisons un mapping des différents grands acteurs français pour savoir où se situe les sites industriels, qu’elle est l’organisation de ce site, quel est le profil qui peut potentiellement intéresser notre client”.

Il poursuit en prenant l’exemple d’un cas de figure qu’il a pu rencontrer au cours de ses missions : “Lorsque vous travaillez pour une entreprise comme Disney, il faut s’intéresser à des groupes dont l’organisation et la culture ressemblent à celle de Disney pour dénicher des profils qui correspondront à notre client. Les aéroports de Paris et les organisations internationales sont des cibles privilégiées, ce sont des structures qui ressemblent dans leur culture et dans leur ADN à ce qu’est Disney”.

Les opportunités ne sont pas une question de hasard…  

La chance, ça se provoque ! Les primo-arrivants ne représentent pas le cœur de cible des chasseurs de têtes, c’est une réalité, rare sont ceux que les chasseurs de têtes remarquent. Et pourtant, ils sont très nombreux, tous les ans, environ 120 000 primo-arrivants (selon France Stratégie) débarquent sur le marché du travail, la diversité des profils ne manque pas. Ce qui leur manque le plus, c’est souvent la visibilité numérique. Certains profils fraîchement diplômés et très qualifiés peuvent remplir complètement les pré-requis souhaités, mais passent à côté du poste idéal car ils ne savent pas comment intéresser les chasseurs de têtes en se faisant intelligemment repérer. Tout l’enjeu se trouve ici, il faut se rendre visible en ligne et hors ligne ; se bâtir une présence sur tous les supports qui sont à la disposition des chasseurs de têtes et des entreprises est primordial.

Pour attirer les chasseurs de têtes, il est essentiel d’affirmer une certaine légitimité. Néanmoins, il ne s’agit pas de s’inventer un profil idéal : la cohérence est le deuxième mot d’ordre maintenant que les réseaux sont visibles par tous. Les publications doivent donc être longuement réfléchies avant d’être partagées. Mettre à jour son profil sur les réseaux sociaux est indispensable : à commencer par LinkedIn, le réseau social professionnel par excellence. Il est important pour les primo-arrivants d’indiquer les dernières formations ainsi que les dernières expériences professionnelles réalisées en utilisant des mots-clés pertinents. Les différents stages et expériences doivent aussi être valorisés, et plus encore, une attention toute particulière doit être portée aux personnes que vous suivez sur les réseaux, avec qui vous êtes connecté.

Internet est aujourd’hui un véritable marché de l’emploi, il convient de l’utiliser à bon escient et d’y être visible. Pour renforcer la visibilité numérique, des outils sont à privilégier : les réseaux sociaux, les plateformes comme Monster ou LinkedIn, mais aussi les plateformes de CV online, ou encore les CVthèques. Karine Menanteau recommande de déposer également son CV sur des plateformes en ligne, sur des CVthèques, comme l’APEC ou Monster. Martin Gendron ajoute à cela “Il n’est pas utile de donner trop de détails sur son CV”. Celui-ci doit être en adéquation avec le projet de recrutement de l’entreprise.  En fonction du secteur d’activité et de l’entreprise visés, l’audace est toujours valorisée. Il faut sans cesse montrer la cohérence entre ce que vous êtes et ce que recherche l’entreprise.

Assister aux bons événements est aussi un moyen de se rapprocher des chasseurs de têtes. Il ne faut pas hésitez à prendre les devants, une démarche proactive est toujours bien perçue par les recruteurs. Être visible en ligne est une chose, mais rien ne vaut une rencontre dans la réalité et un échange direct. De nombreux salons et forums existent ; par exemple, l‘Ecole Centrale Supélec de Paris organise chaque année le “Forum Centrale Supélec” qui réunit plus de 200 entreprises. 

La règle d’or des chasseurs de têtes

Les chasseurs de têtes sont sensibles à plusieurs qualités, à commencer par l’orthographe et la clarté du discours. Martin Gendron : “Je pense qu’il y a deux éléments essentiels avec en premier l’orthographe ; si vous avez une personne qui vous répond avec un mail truffé de fautes, beaucoup de problèmes de syntaxe et des idées pas très claires, le signal est déjà assez mauvais. Ensuite, l’échange téléphonique va être très important ; si vous avez une personne qui a une belle élocution, qui est très claire dans la façon dont elle conceptualise son parcours et dont elle présente son projet, cela nous donne envie d’en savoir plus sur ce candidat.”

Alors, prêts à enfiler votre masque ?

 

Un article d’Andréa Fichet, Eloïse Mauboussin et Marion Nigris

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