Adopter un style « approprié », option ou obligation ?

Habitués des jeans troués et des pantalons cargos, vous pestez contre le traditionnel « costard-cravate » que votre patron vous impose… Répression des libertés ou simple bon sens ? Le Masque de l’Emploi s’est penché sur cette question et est allé à la rencontre des professionnels pour leur demander.

Il suffit d’une recherche simple sur Internet pour se rendre compte à quel point la question de la tenue vestimentaire en entreprise est importante et pose problème aux primo-arrivants dans le monde du travail. « Comment s’habiller pour un entretien d’embauche ? », « Comment s’habiller au bureau ? ». Des questions qui reviennent régulièrement, trop souvent sans réponses claires. 

Si vous avez cliqué, c’est que vous êtes en quête d’informations et de conseils sur le sujet des codes vestimentaires en entreprise. Premièrement, il faut que vous sachiez qu’il existe très peu de lois à ce sujet dans le code du travail : il n’y en a même qu’une seule. La loi L1121-1 nous dit que « Nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché. » Pour faire plus simple, votre futur employeur, appliqué aux choix vestimentaires, n’a pas à vous obliger de porter telle ou telle tenue, le salarié que vous serez est libre de se vêtir comme il l’entend, car cela relève des libertés individuelles. Cependant, selon le métier que vous exercerez, votre employeur, ou la loi, peut en décider autrement. 

Julie Dodin, avocate spécialisée dans le droit du travail.

Pour Julie Dodin, avocate spécialisée dans le droit du travail et associée du cabinet « Eurêka Avocat », une tenue peut être imposée en toute légitimité pour des raisons de sécurité, d’hygiène ou d’image de l’entreprise. L’employeur peut donc demander au salarié de porter une tenue « propre et décente », en particulier s’il est en contact avec du personnel extérieur à l’entreprise. Elle prend le cas de son cabinet, où aucun dresscode n’est obligatoire. « Chez Eurêka Avocat il n’y a pas de prescription particulière, c’est une question de bon sens, on ne vient pas en jogging au travail. On peut porter des baskets, mais il faut savoir adapter la tenue en fonction des rendez-vous que l’on peut avoir. La seule réglementation émise peut être dans le règlement intérieur de l’entreprise où il est mentionné « Tenue correcte exigée ». Il n’y a pas d’indications précises, et selon le principe de non discrimination, on ne peut pas imposer à qui que ce soit une tenue vestimentaire. » 

Vous l’aurez compris, il existe très peu de lois formelles concernant la manière dont on doit s’habiller, les règles sont propres à chaque entreprise et les codes vestimentaires sont influencés par le secteur d’activité concerné. 

Pour ce directeur de l’agence angevine d’une grande banque qui a souhaité rester anonyme, la tenue vestimentaire est en corrélation avec la notion de confiance. Pour lui, « Dans le milieu bancaire, le service proposé est la vente d’un produit spécifique qui est tabou : l’argent. Ainsi, il faut renvoyer une image positive de soi et une image de confiance aux clients. L’argent est un sujet sérieux qui est au coeur de notre société, il faut donc être sérieux soi-même. »

La notion de relation avec le client influe énormément sur la tenue professionnelle à adopter : certains professionnels s’imposent cette tenue. C’est d’ailleurs un code informel que l’on retrouve dans beaucoup d’entreprises, mais il est important de ne pas en faire de trop au risque de créer une distance avec son client… ou même un sentiment de supériorité. Julie Dodin a souligné ce point : « Mon associé lorsqu’il a une audience ou un rendez-vous , porte systématiquement un costume. À l’inverse, nous avons un autre avocat spécialisé dans le droit pénal : il essaye d’être le plus simple possible car vis-à-vis de sa clientèle, s’il met un costume, cela peut créer une sorte de distance qui ne passe pas trop… »

Que vous soyez un homme ou une femme, l’exigence de la tenue professionnelle n’est pas la même. Julie Dodin et le directeur d’une banque angevine que nous avons interviewé nous le montrent. Au sein du milieu bancaire « Tous les hommes doivent porter un costume, une chemise ainsi qu’une cravate et ce dès l’entretien d’embauche. Cette différence d’exigence réside par le simple fait que les femmes ont un choix plus large de tenue. Jupe, robe, pantalon, et même jean peuvent être acceptés chez les femmes, même si la tenue doit être avant tout respectueuse envers le client et la profession. Cependant les codes évoluent, maintenant les hommes peuvent travailler avec une barbe de trois jours, chose qui était inconcevable auparavant ».

Les codes vestimentaires, c’est aussi un sentiment d’appartenance que l’on retrouve souvent au sein des starts-up. Anne-Sophie Frenove, spécialiste de la tech depuis 15 ans travaillant chez AirBnB explique : « Une fois arrivée chez AirBnB, c’est de nouveau un code vestimentaire différent, c’est plus cool mais il faut être branché. Ce qu’il y’a dans ces nouvelles start-ups, c’est ce code d’appartenance, c’est cette fierté d’appartenir à une culture, à la boîte par les logos et par les noms des entreprises. À présent je suis fière de porter mon hoodie Airbnb comme j’ai pu être fière de porter avant d’autres hoodies d’autres entreprises ou écoles, t’appartient à un groupe, à une culture. »

Les codes vestimentaires sont donc propres à chaque entreprise : ils sont liés à l’image qu’elle veut dégager et aux services qu’elle rend. Imposer votre style vestimentaire est primordial mais dans certaines activités professionnelles vous devrez vous adapter en fonction de l’exercice de votre fonction et le type de structure où vous serez afin de dégager un sentiment de confiance, de sérieux mais qui devra être en corrélation avec le client que vous aurez devant vous. En fonction de cela il vous faudra s’adapter aux codes informels de l’entreprise qui vous accueillera dans la vie active.

Un article de Hugo Maillard.

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